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Agriculture écologiquement intensive -

[Pilier] Le rôle de l’agriculture dans l’atténuation du changement climatique

Le changement climatique est un phénomène à la fois d’origine naturelle et humaine. D’ici quelques décennies, les changements de température et de précipitation, la hausse du niveau des mers et l’augmentation probable des événements climatiques extrêmes vont avoir un impact considérable sur l’agriculture. Et réciproquement, l’agriculture, comme les autres secteurs d’activités, a sa part d’émissions. Elle est à l’origine de 20% d’émissions de gaz à effet de serre (GES) au niveau mondial, source du changement climatique. Face à ces mutations, assurer la sécurité alimentaire de tous est un défi planétaire majeur. La journée du 15 mars dernier, organisée par les Chambres d’agriculture Pays de la Loire, était l’occasion d’aborder le changement climatique, du rôle que peut jouer l’agriculture dans celui-ci, ainsi que son potentiel d’atténuation.

 

Qu’est-ce qu’un gaz à effet de serre ?

Depuis le début de l’ère industrielle (1880), la température à la surface du globe a augmenté de 0,85 ± 0,2°C (GIEC, 2014).

Augmentation de la température en °C en fonction des émissions de gaz à effet de serre – Crédit : INRA Science & Impact

Cette augmentation est attribuable aux émissions de gaz à effet de serre (GES) d’origine anthropique, impliquant principalement 3 gaz :

  • le dioxyde de carbone (CO2)
  • le méthane (CH4)
  • le protoxyde d’azote (N2O).

Ce sont des gaz qui absorbent une partie des rayons solaires en les redistribuant sous la forme de radiations au sein de l’atmosphère terrestre, phénomène appelé « effet de serre ». Ceux-ci ont un potentiel de réchauffement global (PRG), qui dépend de leurs propriétés radiatives et de leur temps de résidence dans l’atmosphère. De ce fait, ils participent au réchauffement climatique.

 

Quels sont les impacts du réchauffement climatique ?

Ce réchauffement de l’atmosphère, provoqué majoritairement par l’effet de serre, implique des changements climatiques liés :

  • d’une part à l’augmentation des températures qui peut avoir des effets sur l’homme, les plantes, les animaux, mais aussi sur les maladies ou les insectes ravageurs
  • d’autre part à une modification des pluies qui pourraient se répartir différemment au cours de l’année (moins l’été, sécheresse, plus l’hiver, mais de façon plus irrégulière et plus marquée, inondations). Une modification du niveau des mers aura également un impact sur les lignes de côtes et donc les activités côtières et touristiques.

L’ensemble de ces changements aura pour effet de perturber les écosystèmes en place qui pourraient se répercuter sur l’économie et la production agricole, posant l’enjeu de nutrition au cœur du débat.

Pour mieux comprendre ces changements et apporter des réponses agronomiques et stratégiques aux entreprises agricoles face au changement climatique, la Chambre Régionale d’Agriculture, en partenariat avec Météo-France, a mis en place un observatoire de l’impact du changement climatique sur l’agriculture ORACLE.

Il permet, à partir d’observation sur les 30 dernières années de regarder l’évolution d’indicateurs climatiques (avancement des dates de floraison, évolution de la pousse de l’herbe, date des vendanges,…) dans le but d’adapter les conseils tactiques et stratégique aux agriculteurs dans leur choix d’espèces ou de systèmes de production.

 

Quelles sont les sources d’émissions de gaz à effet de serre et comment l’agriculture y contribue ?

Les transports, l’industrie, l’habitat ou encore le traitement des déchets sont les principales sources d’émissions de gaz à effet de serre. Comme toute activité humaine, l’agriculture contribue aux émissions de gaz à effet de serre, à hauteur de 20%, soit la deuxième source de pollution CO2 après les transports. Les émissions agricoles concernent à 50% le travail de sols agricoles, les productions animales et la gestion des déjections (N2O – protoxyde d’azote), à 40% la fermentation entérique (réactions chimiques lors de la digestion) et la gestion des déjections (CH4 – méthane) et à 10% la combustion (CO2 – dioxyde de carbone). A noter que l’agriculture est à l’origine de 87% des émissions de N2O.Le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O), principaux gaz émis en agriculture, ont un pouvoir réchauffant important. Le tableau suivant donne les correspondances en équivalent CO2 (ex : 1 molécule de protoxyde d’azote N2O est équivalente à l’émission de 296 molécules de gaz carbonique (CO2)). Il présente les gaz émis par le secteur agricole, leur origine et leur pouvoir réchauffant.

Crédit : Chambre d’agriculture


L’agriculture peut-elle proposer des solutions ?

L’agriculture peut contribuer à atténuer le changement climatique :

  • en réduisant ses émissions de protoxyde d’azote, de méthane et de dioxyde de carbone
  • en accroissant le stockage de carbone dans des compartiments à temps de résidence long, comme dans le sol ou la biomasse ligneuse. Ce carbone provient du CO2 extrait de l’atmosphère par photosynthèse
  • en produisant des énergies renouvelables (biogaz, bois,…), ce qui réduit les émissions de CO2 par effet de substitution aux énergies fossiles.

Ces solutions sont mises en œuvre à travers diverses actions examinées par l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), par exemple :

 

Quels projets sont mis en place actuellement en Pays de la Loire ?

L’agriculture régionale contribue fortement aux productions alimentaires et donc à l’alimentation nationale. La diversité de ses produits en témoigne, qui, pour nombre d’entre eux (fruits, oeufs, lait, viande…), dépassent les 10 % de la production nationale. L’agriculture et l’agroalimentaire occupent les trois quarts du territoire ligérien et offrent un emploi sur dix.

Très engagée dans le mouvement de la TRIA, l’agriculture ligérienne a bien entamé sa troisième révolution. Sa contribution potentielle à tous les piliers et leviers de la troisième révolution industrielle fait de celle-ci un acteur indispensable pour la mutation économique en Pays de la Loire, en synergie avec toutes les autres activités, industrielles, artisanales, services, opérant sur les territoires. C’est donc toute une filière qui peut tirer parti de ce mouvement d’innovation, l’agriculture écologiquement intensive, impliquant les agroéquipements et notamment le machinisme agricole (22 000 emplois en Pays de la Loire), le végétal spécialisé, très présent en Maine-et-Loire, les intrants organiques, les objets connectés…

Les outils numériques et nouvelles technologies peuvent jouer un rôle crucial dans l’atténuation des effets des GES. En effet, le robot autonome connecté Anatis de l’entreprise Carré permet, outre le désherbage, d’optimiser les intrants grâce à l’aide à la décision qu’il fournit, liée à la collecte de données (hygrométrie, évaluation de la maturité des plants…). Ces analyses peuvent conduire à une réduction des intrants, et donc à un moindre impact environnemental (solution n°1).

Robot Anatis – Crédit : RTL

Des coopératives leaders en Pays de la Loire comme Terrena ou la Cavac agissent pour la transformation de l’agriculture en favorisant des techniques plus respectueuses de l’environnement. Un exemple parmi tant d’autres, la solution « NA-La Nouvelle Agriculture® » de Terrena consiste à implanter des « plantes compagnes » entre les rangs de colza (solutions n°2 et 4). Il s’agit d’un mélange d’espèces de légumineuses qui ont été choisies pour se développer rapidement et prendre la place des mauvaises herbes, puis disparaître seules grâce au gel. Ainsi ces plantes compagnes permettent d’éviter le premier traitement herbicide au semis tout en ayant des effets agronomiques favorables.

En Pays de la Loire, 48 installations de méthanisation (solution n°9) fonctionnent à ce jour. De nouvelles se forment chaque année, dont le projet de construction d’une usine de méthanisation de 3,58 MW à Charchigné (53), lauréat d’un appel d’offre national.

En parallèle, la biomasse se développe (solution n°10). Tout comme l’usine de méthanisation, le projet de construction d’une centrale biomasse de 0,9 MW (bois énergie) par SBI Cogénération à Spay (72) est lauréat du même appel d’offre national, soutenu par le Ministère de l’Environnement. Par ailleurs, les Côteaux Nantais ont mis en place en février dernier, en partenariat avec Naoden, une centrale de micro-cogénération. Cela permet de valoriser les déchets bois par un procédé de gazéification du bois, préalablement réduit en copeaux. Mis sous pression par l’action d’une vis sans fin, le bois monte à très haute température, le gaz ainsi produit est envoyé dans un groupe électrogène qui produit de l’électricité à hauteur de 35 KWH. Le refroidissement de ce système produit également de la chaleur. Le rendement global de l’ensemble est élevé, en moyenne de 85 à 90%, soit devrait couvrir 1/3 des besoins du site de Vertou.

 

Et demain ?

L’enjeu d’atténuation du changement climatique par l’agriculture n’est pas indépendant des autres enjeux auxquels elle fait face : le changement climatique joue également sur la sécurité alimentaire, la disponibilité et la qualité de l’eau, de l’air, des produits… Et ne peut être assumé indépendamment des politiques publiques. En effet, les leviers d’atténuation des risques et de protection de l’environnement ne peuvent être actionnés que de façon collective, suivant une dynamique territoriale.

La démarche CLIMAGRI régionale vise à permettre une projection de l’agriculture ligérienne à 15 ans (horizon 2030), tant en matière d’énergie que d’émission de gaz à effet de serre (GES). En effet, l’agriculture est un acteur majeur de la transition énergétique et du changement climatique et détient des leviers d’atténuation majeurs. Après avoir établi le profil agricole des Pays de la Loire, les équipes des Chambres d’agriculture des Pays de la Loire, l’ADEME, le Conseil régional, le Conseil départemental de la Loire-Atlantique, les services de l’Etat (DRAAF, DREAL) et l’ensemble des acteurs agricoles de la région qui composaient le comité de concertation (Virage Energie-Climat, CRIEL, CIVAM, Atlanbois, FNE…), ont formulé 3 scénarios évaluant l’impact de l’agriculture sur les GES. Le premier, le scénario « T » (Tendanciel à vocation agricole), est un scénario sur une entrée économique guidée par les marchés et les tendances actuelles observées. Le second, le scénario « C » (Carbone), mixe une série de leviers sur les GES et le stockage du carbone avec pour objectif de miser sur l’autonomie protéique sans affecter le potentiel nourricier de la région et l’introduction de productions différenciées. Enfin le troisième, le scénario «A » (Autosuffisance/Afterres), suit le changement de régime alimentaire des ligériens, réduisant les exportations et activant fortement les leviers d’énergie renouvelables.
Chaque scénario compose une liste d’actions possibles pour lutter contre le changement climatique. Retrouvez le détail de ces scenarii ici.

 

 

Merci aux Chambres d’Agriculture des Pays de la Loire pour la mise à disposition des informations proposées lors de la journée du 15 mars 2017, « Changement climatique : l’agriculture est aussi source de solutions d’atténuation » à Angers (49).
Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site de l’AEI, des Chambres d’agriculture Pays de la Loire ou sur celui de la TRIA.